A l’origine du site, une léproserie du XIIème siècle, dépendant de l’abbaye de Jumièges existait sur le mont David Villa, face au fief du Taillis.
Au XIIème siècle, sur le site du fief du Taillis, un manoir fortifié servait d’office de parquier et de défense de par son implantation géographique. De cette construction défensive il ne reste aujourd’hui que la très belle cave voûtée du Château.

En 1484, Robert DESTIN, Vicomte et chapitre de Notre-dame–de-Rouen, chargé à l’époque de surveiller la construction du Palais de Justice de Rouen, devient propriétaire du fief du Taillis.
C’est en 1532 que Richard du FAY se porte acquéreur du fief du Taillis et se fait appeler Richard III Du Fay du Taillis. Il était le grand vicaire de Georges Ier d’Amboise, cardinal et premier ministre de Louis XII.

La construction du Château débuta dans la première moitié du XVIème siècle. Le bâtiment de style Seconde Renaissance Italienne est à ce jour l’unique vestige de ce type en Seine-Maritime. La façade est décorée de pilastres doriques au rez-de-chaussée et ioniques au premier étage. Des frises séparent les niveaux et des niches, purement décoratives achèvent d’agrémenter la façade. La pierre utilisée pour la construction est une pierre du bassin Parisien, la pierre de Saint Leu, acheminée par bateau sur la Seine.

On suppose que la construction date des années 1540 et on l’attribue à Richard du Fay. Ce dernier côtoya les artistes employés aux constructions des tombeaux de Georges Ier d’Amboise ou de Louis de Brézé en la Cathédrale de Rouen. Ces artistes, d’inspiration italienne participèrent aux constructions des Châteaux des cardinaux tels que Gaillon. On suppose qu’un de ces artistes fut choisi comme architecte du Taillis, en effet après les travaux princiers beaucoup cherchaient de nouveaux chantiers.
Richard décèdera en 1543 et les travaux de construction au Taillis restèrent inachevés. On ne sait si le château était alors habitable.

Sur la façade du Château a été sculptée par la famille du Fay une série de 12 blasons représentant les mariages de la famille du XVème au XVIIème siècle. L’un d’entre eux reprend la devise de la famille « Faire bien et laissez dire ».

Jehan II du Fay meurt en 1615, son fils Jacques I du Fay du Taillis achète le Comté de Maulévrier en 1623 et réalise deux pavillons de chaque côté du Château. Ainsi deux pavillons de style Louis XIII sont ajoutés, leur originalité repose sur les deux demi arcs recouvert de feuille de cuivre. Quelques années plus à l’ouest tard un corps de liaison est crée, rattachant un ancien manoir à pan de bois au château. Ce dernier devient la « maison du Chapelain ».

La perspective était à l’origine dessinée par des allées d’ormes. Ils seront remplacés par des tilleuls au XVIII ème.

Dans la seconde moitié du XVIIIème Claude Bernard du Fay, devient seigneur du Taillis de 1750 à 1789. Deux ailes supplémentaires à l’est, furent ajoutées en brique jaune. Ces deux ailes reprennent les dimensions exactes du corps de liaison et du manoir à pan de bois, pour un respect des symétries et des proportions. A cette même époque, l’ancien escalier du Château qui devait être central, fût démonté et un grand escalier fut construit sur la façade arrière.

Le Château du Taillis se présente aujourd’hui dans l’état architectural qui était le sien lorsque le dernier membre de la famille du Fay, Bernard, en fit don à son arrière neveu, Ferdinand, en 1777

De nos jours, en passant sur la route, à l’extrémité de la perspective, peu de personne peuvent constater les différences de constructions et d’époque, tant le travail est soigné. Le regard sur la façade nous permet d’admirer un travail exemplaire de symétrie et de rigueur malgré les 300 ans d’âge entre les premières et dernières pierres.

L’intérieur du Château a été modifié au XVIII ème. Les grandes pièces des siècles passés ont été abandonnées pour plus de confort. Lambris et décoration Louis XVI vont habiller la plupart des salons.

La salle à manger installée à proximité des cuisines, offre un ravissant poêle alsacien, en brique réfractaire émaillé. Ce poêle servait de cheminée et de chauffe plat. L’évacuation des fumées se fait par une colonne et une vasque émaillée.
Le salon Chinois, salon de compagnie, est constitué de peinture sur soie du XVIII ème, présentées dans des boiseries Louis XV, de style baroque.
Dans le pavillon du début XVIIème, une chapelle consacrée à Saint Laurent, est érigée sur deux niveaux, un balcon surplombe l’autel.
Au XVIII ème, de nombreux travaux et aménagements sont réalisés au Taillis. Le confort et les nouveaux plaisirs de la cour sont très suivis par les seigneurs du Taillis. La chapelle est transformée alors en théâtre. Ce nouvel aménagement conserve les mêmes proportions que la chapelle et l’autel est remplacé par une estrade. Le plafond de l’estrade en relief représente un ciel nuageux. Tout autour des peintures de style Louis XIII décorent l’ensemble. Sur les murs des surfaces ajourées dans les boiseries permettent d’accueillir les décors des pièces jouées. De nombreux décors peints ont été retrouvés dans les écuries du Château. Ces décors ont été peints sur papier, papier cartonné ou sur toiles au XVIII ème et XIX ème siècle. Une machinerie est installée dans les greniers pour actionner ces décors pendant les représentations.

Le parc conserve quelques aspects de l’inspiration « Française » des XVII ème et XVIII ème. La perspective du Château, plantée de tilleul s’élève sur plus de 800 mètres. Certaines allées conservent de vieux sujets taillés à la Française.
Une orangerie en forme de temple Gréco-romain s’appuie sur un des murs d’enceinte de l’ancien manoir. Ce petit bâtiment a un style architectural totalement atypique. Il présente tout le goût des « folies » du XVIII ème siècle.

Au XIX ème le parc sera réaménagé à « l’Anglaise ». Les jardins seront agrémentés de nombreux massifs et de bosquets.
Le parc présente aujourd’hui un savoureux mélange des parcs à la Française et à l’Anglaise. Certains des plus beaux arbres de la région, classé « Arbre remarquable de France », rayonnent dans le Parc du Château du Taillis.

De nos jours tout est fait sur place pour restaurer et réhabiliter le Château, l’ensemble de ses dépendances, le parc et les jardins. Ce travail est passionnant, enrichissant mais coûteux en énergie.
Pour nous aider à financer ces réhabilitations, plusieurs activités sont présentes sur place. De nombreuses manifestations sont organisées toute l’année et un Musée consacré à la fin de la bataille de Normandie en août 44 est installé dans les écuries.
Des réceptions professionnelles et familiales sont organisées dans les salons du Château.